Gabon : La future taxe d’habitation fait polémique entre rejet populaire et questionnement sur les priorités de l’État

L’annonce d’une taxe d’habitation prélevée via les factures de la SEEG continue d’alimenter l’indignation d’une partie de la population gabonaise. Pour beaucoup, cette mesure est perçue comme une contradiction directe avec les engagements annoncés lors de l’arrivée au pouvoir : alléger et non alourdir le fardeau fiscal des citoyens.

Certains rappellent que la confiance envers les institutions repose sur la parole donnée, la cohérence et la volonté réelle d’améliorer les conditions de vie du peuple. (Vous êtes venus pour rendre au peuple ce qu’on lui a volé pendant des décennies. Si vous ne pouvez pas le faire, au moins n’aggravez pas la souffrance existante) , peut-on lire dans un message viral partagé sur les réseaux.

Dans plusieurs quartiers de Libreville, Port-Gentil et Franceville, le sujet revient dans les discussions quotidiennes. Une partie de la population dénonce une mesure prise sans tenir compte de la précarité croissante. (Certains peinent à trouver 2 000 francs pour recharger un compteur prépayé. Comment voulez-vous qu’ils supportent une nouvelle taxe ? ), s’indigne un père de famille.

Pour beaucoup, cette taxe risque d’aggraver un quotidien déjà marqué par la hausse des prix, la stagnation des revenus et l’accès difficile aux services essentiels.

Plusieurs citoyens s’interrogent sur la logique des choix budgétaires actuels. Certains dénoncent notamment l’augmentation des dépenses militaires et sécuritaires au détriment du social.( Comment peut-on justifier un budget militaire en hausse alors que les hôpitaux manquent de médicaments, que la CNAMGS ne rembourse plus correctement et que les écoles se dégradent ? ), questionne une retraitée.

Selon elle, développer des infrastructures visibles routes, ponts, immeubles sans améliorer la santé, l’éducation, l’accès à l’eau, à la nourriture ou aux salaires dignes, revient à ( construire un pays sans penser à ceux qui y vivent. )

Un enseignant rencontré affirme que la pression fiscale ne peut pas précéder la justice sociale 🙁On ne peut pas taxer les citoyens alors que les salaires sont insuffisants, que la vie coûte trop cher et que l’école elle-même n’offre plus les conditions minimales d’apprentissage. )

Un autre citoyen exprime son inquiétude quant à la fragilité du seul acquis social significatif :(Même la CNAMGS, dernier filet social des Gabonais, périclite. Comment parler de taxe alors que rien ne fonctionne correctement ?)

Pour certains membres de la société civile, le problème n’est pas la taxe en soi, mais le moment, le mode de mise en œuvre et l’absence d’équité. Plusieurs pistes sont évoquées :

Réduire le train de vie de l’État, jugé encore trop ostentatoire .Taxer davantage les secteurs les plus rentables, notamment les multinationales, plutôt que les ménages modestes . Investir massivement dans l’agriculture et la production locale afin de réduire la dépendance aux importations .

Renforcer la transparence dans la gestion des fonds publics.

Au-delà de la mesure fiscale, ce débat révèle un enjeu beaucoup plus profond : celui du modèle de développement du pays. Beaucoup estiment qu’un développement véritablement durable doit d’abord placer l’humain avant les infrastructures, conformément à la hiérarchie des besoins de Maslow.

Un citoyen résume ainsi la pensée de nombreux Gabonais : (On ne peut pas demander au peuple de payer pour un État qui ne garantit plus ses droits sociaux fondamentaux. Le développement ne doit pas appauvrir, mais élever).

Alors que la mesure n’est pas encore officiellement appliquée, le rejet massif exprimé par une partie de la population montre que la question des taxes est indissociable de celle de la justice sociale, de la confiance citoyenne et de la vision du développement national.

Le gouvernement devra désormais clarifier sa position, expliquer ses choix ou réévaluer la mesure au risque d’accentuer la fracture entre institutions et citoyens.

Stelly Neomy

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