Presse gabonaise : les professionnels des médias réclament une réforme ambitieuse pour sauver le secteur

Les principales organisations professionnelles des médias du Gabon ce sont reunies à Libreville ce jeudi 02 juillet 2026 et ont lancé un véritable cri d’alarme. À travers une déclaration commune lue par Jean-Yves Ntoutoume, président de l’Organisation patronale des médias (Opam), elles estiment que la presse gabonaise est aujourd’hui « au bord de l’asphyxie » et appellent les pouvoirs publics à engager une réforme ambitieuse pour garantir sa pérennité.

Les signataires de cette déclaration l’Opam, le Réseau national des journalistes indépendants (Rénaji), le Cercle des patrons de la presse privée libre (CPPPL), l’Union des patrons de presse indépendants du Gabon (UPPIG) et la Conférence internationale de la presse francophone (Cipres) dressent un constat sans équivoque. Selon eux, le secteur traverse une crise économique persistante qui menace l’indépendance des médias, la qualité de l’information et, par conséquent, la qualité du débat démocratique.

Cette situation s’explique notamment par la baisse continue des recettes publicitaires, l’exiguïté du marché national, la gratuité des contenus diffusés sur les plateformes numériques ainsi que l’insuffisance des mécanismes d’appui public. Pour les professionnels, ces difficultés fragilisent durablement les entreprises de presse.

« Un média asphyxié financièrement est un média fragilisé dans son indépendance », a déclaré Jean-Yves Ntoutoume. Il a rappelé que soutenir la presse ne constitue pas un privilège, mais un investissement stratégique pour la stabilité, la transparence et le rayonnement du pays. Les médias demeurent, selon les organisations, des acteurs essentiels de la démocratie, garants du pluralisme de l’information et de l’intérêt général.

Face à cette crise, les organisations professionnelles appellent à la mise en œuvre de réformes structurelles. Les pistes avancées sont désormais clairement identifiées : une réforme de l’aide publique à la presse, une fiscalité adaptée aux réalités du secteur, une meilleure régulation de la publicité de l’État, la lutte contre la concurrence déloyale des plateformes numériques ainsi que la mise en place d’un véritable statut de l’entreprise de presse.

Les médias réclament également l’élaboration d’un fichier officiel, fiable et transparent des entreprises de presse légalement reconnues, la définition d’un quota annuel clair des contributions et taxes à acquitter, ainsi que l’adoption d’un texte juridique précis encadrant les modalités de paiement des impôts. Selon eux, ces mesures permettront d’assurer davantage de transparence, d’équité et de sécurité juridique pour l’ensemble des acteurs du secteur.

Pour la première fois, l’ensemble des organisations patronales des médias s’exprime d’une seule voix pour affirmer que le modèle économique actuel est arrivé à ses limites. En établissant un lien direct entre la viabilité économique des entreprises de presse et leur indépendance éditoriale, Jean-Yves Ntoutoume et ses pairs lancent un avertissement aux pouvoirs publics : laisser mourir la presse reviendrait à affaiblir un pilier essentiel de la démocratie, à compromettre le pluralisme de l’information et à priver le pays d’un véritable contre-pouvoir.

Les organisations professionnelles attendent désormais une réponse concrète des autorités afin d’ouvrir un dialogue constructif et de bâtir un nouveau pacte entre l’État et la presse. Pour elles, assurer la viabilité économique des médias n’est pas seulement une nécessité pour le secteur, mais un enjeu stratégique pour l’avenir démocratique du Gabon.

La rédaction

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